Ce 7 avril 2026 résonne d'une ironie que nous, Haïtiens, n'avons jamais vraiment pu digérer.
Et pour cause, c'est à cette même date en 1803 que Toussaint Louverture s'éteignait seul dans le froid de sa cellule du Fort de Joux, après sept mois de détention; trahi, arrêté et déporté sans procès par la France se réclamant de la « civilisation ».
Le fameux avocat, Jacques Vergès, posait, la question suivante : quelle civilisation la France a-t-elle apporté à l'Afrique ? Et y répondait avec une brutalité chirurgicale redoutable: la traite, la déportation, l'esclavage, les massacres, la famine, l'acculturation, l'exploitation jusqu'à la mort et le ranconnement. Le mot civilisation n'a jamais autant mérité ses guillemets.
Dans un précédent texte, publié, dans un clin d'œil à notre indépendance, le 1er janvier 2026, je convoquais Aimé Césaire pour nommer ce que la France appelle encore, sans rougir, son partenariat, sa coopération avec Haïti.
Et pour cause, c'est à cette même date en 1803 que Toussaint Louverture s'éteignait seul dans le froid de sa cellule du Fort de Joux, après sept mois de détention; trahi, arrêté et déporté sans procès par la France se réclamant de la « civilisation ».
Le fameux avocat, Jacques Vergès, posait, la question suivante : quelle civilisation la France a-t-elle apporté à l'Afrique ? Et y répondait avec une brutalité chirurgicale redoutable: la traite, la déportation, l'esclavage, les massacres, la famine, l'acculturation, l'exploitation jusqu'à la mort et le ranconnement. Le mot civilisation n'a jamais autant mérité ses guillemets.
Dans un précédent texte, publié, dans un clin d'œil à notre indépendance, le 1er janvier 2026, je convoquais Aimé Césaire pour nommer ce que la France appelle encore, sans rougir, son partenariat, sa coopération avec Haïti.
Relativement à cela, un pan de notre histoire est tristement éloquente : lorsque le Président, son Excellence M. Jean-Bertrand Aristide réclama en 2003 le remboursement de la dette illégitime de 150 millions de francs-or extorquée depuis 1825, Paris répondit par un coup d'État.
Arraché du pouvoir en février 2004, le Président Aristide fut remplacé par un gouvernement intérimaire.
Gérard Latortue, alors Premier ministre en fonction, fut reçu à Paris le 20 octobre 2005 par son homologue Dominique de Villepin, l'homme du fameux discours anti-guerre à l'ONU en 2003, pourfendeur de l'unilatéralisme américain, qui reçut avec les honneurs le Premier ministre d'un gouvernement intérimaire issu d'un coup de force dont Paris fut co-architecte, les deux parties se congratulèrent, vantèrent leur amitié indéfectible et leur coopération historique à travers les siècles.
Nous en avons souri, amers : la langue venait, encore une fois, de faire son travail, recouvrir l'inacceptable de mots polis.
Ce 7 avril 2026, à 223 ans de la mort de Toussaint, trois (3) questions s'imposent :
Arraché du pouvoir en février 2004, le Président Aristide fut remplacé par un gouvernement intérimaire.
Gérard Latortue, alors Premier ministre en fonction, fut reçu à Paris le 20 octobre 2005 par son homologue Dominique de Villepin, l'homme du fameux discours anti-guerre à l'ONU en 2003, pourfendeur de l'unilatéralisme américain, qui reçut avec les honneurs le Premier ministre d'un gouvernement intérimaire issu d'un coup de force dont Paris fut co-architecte, les deux parties se congratulèrent, vantèrent leur amitié indéfectible et leur coopération historique à travers les siècles.
Nous en avons souri, amers : la langue venait, encore une fois, de faire son travail, recouvrir l'inacceptable de mots polis.
Ce 7 avril 2026, à 223 ans de la mort de Toussaint, trois (3) questions s'imposent :
- Que retenir de ces siècles de relations contrastées avec la France, sinon que chaque fois qu'Haïti a tenté d'exiger réparation, Paris a su trouver le bon prétexte pour transformer sa légitime revendication en ingratitude, et lui faire ravaler ses exigences ?
- Une réconciliation franco-haïtienne digne de ce nom est-elle concevable sans que la France reconnaisse formellement, et répare concrètement, ce que Vergès nommait sans détour ?
- Et si ces deux questions valaient, mutatis mutandis, « en changeant ce qui doit être changé », pour chacune des organisations internationales et puissances qui ont, à un titre ou un autre, prétendu vouloir le bien d'Haïti ?
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