Haïti–États-Unis : sortir de la diplomatie du pansement

image principale de l'article Haïti–États-Unis : sortir de la diplomatie du pansement dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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À la veille de ce 4 juillet 2025, où le peuple américain célèbre le 249e anniversaire de son indépendance, nous voulons tout en regardant cette commémoration depuis Haïti, avec respect, soutenir, avec lucidité, l'idée que la naissance de la nation américaine appartient, non seulement, à l’histoire des treize colonies insurgées contre l'empire  britannique, mais aussi, rappeler l'apport, souvent négligé, de combattants venus de Saint-Domingue prêter main forte aux révolutionnaires locaux. 
L'écho de cet appui a traversé la Caraïbe témoignant des circulations d’hommes pétris de l'idée de liberté définissant les contours de relations séculaires entre Port-au-Prince et Washington.

Et pour cause, entre Haïti et les États-Unis, la relation dépasse depuis longtemps la simple proximité géographique pour plonger dans une histoire faite de luttes, sinon de révolutions, de promesses universelles, de silences embarrassés et, surtout, de rendez-vous manqués.

Avant la reconnaissance diplomatique d’Haïti par Washington en 1862, Saint-Domingue avait déjà croisé la naissance américaine en 1779.

En effet, des Chasseurs-volontaires venus de Saint-Domingue, alors colonie française, participèrent au siège de Savannah, dans un engagement qui rappelle une vérité rarement célébrée avec l’éclat qu’elle mérite : la liberté américaine reçut aussi, dans ses heures de combat, l’appui d’hommes issus de cette terre qui deviendrait Haïti.

En outre, quelques années plus tard, la révolution haïtienne bouleversa les calculs de Napoléon. La perte de Saint-Domingue ruina son rêve d’empire américain et facilita la vente de la Louisiane en 1803.

Ainsi, l’histoire haïtienne, trop souvent présentée comme marginale, s’inscrit au cœur même de l’expansion géographique, voire continentale, des États-Unis.

Ce rappel, loin d’être nostalgique, porte une exigence qui pourrait se résumer en une question : pourquoi ne pas envisager la relation haïtiano-américaine autrement ?

Depuis plusieurs décennies, cette relation tourne dans une boucle étroite, sinon dans un cercle vicieux fait de crises politiques récurrentes et de réponses internationales oscillant entre assistance sécuritaire inefficace, gestion de la violence armée et accompagnement fragile d’un effondrement institutionnel prolongé.

Les conférences diplomatiques soulignent souvent et uniquement la problématique migratoire, mais à force de gérer l’urgence, les deux pays ont laissé s’installer une routine du pansement à travers des programmes, sources de conflits permanents.

Nous le disons sans hostilité, mais sans complaisance : cette routine arrange parfois les discours plutôt que les peuples, alors que ceux-ci gagneraient à interagir autrement.

Notre pays s’épuise dans une souveraineté proclamée avec vigueur, mais fragilisée par l’impuissance de ses institutions. Les États-Unis, de leur côté, investissent dans des réponses successives qui contiennent l’incendie sans proposer un plan idoine pour reconstruire la maison endommagée.

Aussi, entre la posture et le pansement, le résultat demeure-t-il le même : la crise revient, plus profonde, plus coûteuse, plus dangereuse.

Quand nous avançons qu’il faut collaborer autrement, cela suppose, selon nous, un changement de paradigme.

Haïti doit redevenir un partenaire de construction, plutôt qu’un dossier de gestion de crise. Les États-Unis gagneraient à être abordés comme un voisin stratégique, plutôt que comme une puissance invoquée dans la détresse ou dénoncée par réflexe.

Et si chacun acceptait sa part de responsabilité ? Ne serait-ce pas le début d’une relation adulte, d’une véritable relation de coopération ?

La sécurité offre le premier terrain de cette refondation. Les gangs qui terrorisent la population haïtienne prospèrent grâce aux armes, aux munitions, aux circuits financiers illicites et aux complicités transnationales. La réponse, ne nous leurrons pas, dépasse les seules opérations policières dans les quartiers populaires pour atteindre les ports, les banques, les douanes, les réseaux de contrebande, les fournisseurs d’armes et les protecteurs politiques.

Selon ce constat universellement admis, la coopération haïtiano-américaine gagnerait à devenir plus précise, plus ferme, mais surtout vérifiable.

La résolution de la crise sécuritaire est obligatoire. Cependant,  elle devra s’accompagner d’une coopération plus ambitieuse qui pourrait s’articuler autour d’un agenda commun « Jeunesse–Diaspora–Diplomatie », porté conjointement par le MJSAC, le MAE et le MHAVE.

Concrètement, le MJSAC identifierait les besoins réels de la jeunesse haïtienne à partir d’un diagnostic institutionnel intégral faisant ressortir les déficits de formation, les fractures territoriales, les attentes sociales de la jeunesse, les potentialités sportives et culturelles, ainsi que les passerelles possibles vers l’emploi, l’entrepreneuriat et la citoyenneté active ; le MAE transformerait ces priorités en passerelles diplomatiques avec les institutions américaines (universités, villes, agences de coopération, fondations, etc) ; le MHAVE mobiliserait les réseaux haïtiano-américains capables d’encadrer, de parrainer, d'accueillir ou de financer des initiatives concrètes.

Les échanges de jeunes leaders, les programmes sportifs et culturels binationaux, les stages et laboratoires de pratiques professionnelles, le volontariat civique commun, le mentorat de la diaspora, la mobilité universitaire et l’appui aux métiers d’avenir pourraient ainsi donner corps à une coopération moins tournée vers l’assistance que vers la coproduction, où la diaspora s'organiserait en structure d’influence, de solidarité productive et d’investissements.

En ce 249ème anniversaire de l’indépendance américaine, notre propos tient en une conviction simple mais inébranlable : Haïti et les États-Unis collaborent déjà, mais cette collaboration doit changer de qualité pour cesser de consacrer l’échec comme méthode, et construire les conditions d’un avenir commun dans une voie plus digne, plus utile, plus conforme aux intérêts des deux peuples.

Entre Savannah, la Louisiane et les crises du présent, une évidence s’impose : les nations liées par l’histoire gagnent à transformer la mémoire en projet, et le voisinage en responsabilité partagée.

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