HAÏTI ET LE MONDIAL 2026

La trajectoire identitaire des Grenadiers.

image principale de l'article HAÏTI ET LE MONDIAL 2026  dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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Un reproche tenace accompagne les initiatives du Comité de normalisation (CN) : son appel aux joueurs d’origine haïtienne nés à l’étranger, notamment en France, traduirait un contournement du football local.


À ne pas s'y méprendre, cette démarche participe d'un constat lucide et pragmatique : Haïti avance dans le sillage d’un mouvement mondial qui transforme les équipes nationales en espaces de filiation. De nombreuses sélections africaines puisent dans cette même géographie humaine des diasporas, faite d’héritages, de liens de sang et de mémoires familiales. 

Lors de cette édition 2026 de la Coupe du monde de football, la France est ainsi devenue le premier exportateur de talents du football mondial. Des joueurs nés à Paris, Marseille, Lyon ou Lille portent désormais d’autres couleurs nationales que le bleu de France. Ce phénomène, perceptible en 2018 et renforcé en 2022, prend aujourd’hui une ampleur spectaculaire.


Le football de sélection dépasse le seul lieu de naissance pour épouser la transmission et les origines parentales, car la règle de la FIFA, qui permet à un athlète de représenter le pays de ses parents ou de ses grands-parents, donne à ce sport une profondeur singulière, presque une portée réparatrice.


Qualifié à juste titre de « sport d’association », le football, en plus de se justifier par la combinaison des passes et des transitions sur le terrain, s'épanouit aussi dans l’association des histoires, des générations et des territoires, avec le ballon rond qui devient une grammaire du lien.


Des Duckens M. Nazon, Wilson Isidor, Lenny Joseph et Jean Ricner Bellegarde, nés respectivement à Châtenay-Malabry, Rennes, Paris et Colombes (France), en choisissant de jouer pour Haïti, expriment une part essentielle de leur identité en transformant leurs parcours familiaux et personnels en passerelles entre deux mondes. Par le maillot qu’ils revêtent, tous les joueurs ayant fait ce choix rappellent que l’appartenance peut être plurielle, affective et historique ; et qu’elle relève autant de la filiation reçue que du choix assumé.


Dans un monde façonné par les migrations et les exils, le CN a bien compris que le football parle souvent plus juste que les discours politiques, car il montre que les peuples se prolongent au-delà des frontières et que les familles transportent avec elles des coutumes, des blessures, des fidélités, et surtout des rêves.


Aussi, les sélections nationales deviennent-elles les archives vivantes d'un monde contemporain en constante mutation, sinon en pleine évolution.


De ce constat aux contours complexes, trois questions, entre autres, s'imposent :

1. Pourquoi s’indigner que les enfants et petits-enfants d’Haïtiens, partis en quête d’un mieux-être, intègrent la sélection nationale, alors qu’ils soutiennent activement la survie économique de la nation, et qu’on se plaît à invoquer, dans les discours, leur droit de participer à la vie civique ?

2. Comment prétendre faire de « la qualification au Mondial le tremplin d’une politique sportive cohérente et ambitieuse », quand l’insécurité paralyse la pratique quotidienne et régulière des activités physiques et sportives (APS) ?

3. Enfin, comment le Ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Action civique (MJSAC), en étroite collaboration avec le Ministère des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE), pourrait-il s’y prendre pour transformer le SPORT en un levier stratégique de rapprochement avec la diaspora afin d’accroître le rayonnement d’Haïti sur la scène internationale ?


Il est est peut-être trop tôt pour dresser les premiers bilans de cette deuxième participation au mondial. Pourtant, nous oscillons dans l'amertume et les regrets, face a certaines dispositions tactiques qui, selon notre humble avis, n'ont pas permis de libérer des potentiels, mal, voire pas du tout , exploités. 

Toutefois, une certitude demeure : notre profonde reconnaissance envers les Grenadiers est immense, totale et sans réserve. Nous adressons un merci spécial à tous ces Haïtiens venus prêter main-forte à la sélection, ainsi qu’à l’ensemble des forces vives de la diaspora. Par leurs critiques, leurs conseils, leurs suggestions et leur soutien indéfectible, elles manifestent leur volonté de nous faire débattre des véritables enjeux, avec une ambition que nous devrions comprendre ainsi : nous aider à dépasser notre posture de réaction, souvent individualiste, pour adopter une dynamique fondée sur l’anticipation, la planification et la réussite collective.

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