ÉLECTIONS 2026 : PEUT-ON ENFIN FAIRE ÉTAT EN HAÏTI ?

Et si, depuis 1804, la question haïtienne concernait moins l’existence de l’État que son accomplissement historique ?

image principale de l'article ÉLECTIONS 2026 : PEUT-ON ENFIN FAIRE ÉTAT EN HAÏTI ? dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

Lire l'article

00:00 / 00:00

L’indépendance a fondé une souveraineté, mais la greffe institutionnelle n'a jamais pris, se heurtant à des contradictions socioéconomiques profondes. 

L’assassinat de Dessalines, la division entre Pétion et Christophe, l’occupation américaine, les régimes autoritaires et les ruptures constitutionnelles ont creusé cette distance entre l’État et la société que Michel-Rolph Trouillot a interrogée. Deux siècles plus tard, Haïti conserve les attributs d’un État dont l’effectivité demeure altérée, voire contestée.
Aussi, est-il légitime de se demander si le scrutin de 2026 pourra contribuer à faire enfin État en Haïti ?

Les expériences électorales antérieures ont rarement consolidé les institutions. Exclusion, contestations, clientélisme, corruption, ingérences, culte du pouvoir personnel et impunité ont souvent transformé l’élection en voie d’accès aux ressources publiques plutôt qu’en moment de consolidation démocratique. 

À cette fragilité interne s’ajoute le poids d’acteurs internationaux dont l’influence diplomatique a trop souvent pesé sur la gouvernance haïtienne depuis fort longtemps, sans parvenir à produire des institutions efficientes et durables.

Faire État, c’est protéger, administrer, rendre justice, contrôler le territoire, lever équitablement l’impôt et garantir des services publics. C’est aussi organiser une société où la naissance, la fortune, le quartier, les relations politiques ou la proximité avec les puissants cessent de déterminer l’horizon d’une existence.

Un jeune de Port-au-Prince, de Jérémie, de Fort-Liberté ou d’une section communale devrait pouvoir accéder à une école de qualité, aux soins, à la formation, au crédit, à l’emploi et au service public selon son mérite et ses capacités. La citoyenneté prend sens lorsque chacun dispose des mêmes droits, des mêmes protections et d’une chance équitable de construire son avenir.

Les élections ne changeront véritablement de nature qu’avec un territoire sécurisé, un appareil électoral crédible, des programmes chiffrés et une société civile capable d’exiger des comptes.

Car l’enjeu se situe là : faire de l’État une réalité concrète de sécurité, de justice, d’éducation, d’équité et d’égalité des chances.

Dès lors, une question demeure : les élections de 2026 ouvriront-elles une nouvelle bataille pour la conquête de l’appareil d’État, ou le commencement d’un État enfin capable de servir les citoyens ?

En voyant la configuration sécuritaire, la physionomie des forces politiques en présence et la pauvreté de ce qui tient lieu de programmes, truffés de clichés, de promesses recyclées et de slogans creux, comme si gouverner relevait d’un concours de formules, rien n’est moins sûr.

Commentaires

Ajouter un commentaire