Pour ou contre le rétablissement de la peine de mort en Haïti ?

image principale de l'article Pour ou contre le rétablissement de la peine de mort en Haïti ? dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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Peut-on punir sans tuer ? Oui, selon moi.

Face aux gangs, à leurs financeurs, appuis politiques et aux prédateurs des deniers publics, je pense que la justice doit être implacable, certes, mais elle ne doit jamais se confondre avec la vengeance.

Dans les heures sombres que traverse notre pays, la tentation est grande de répondre à l’indécence et à l’horreur par des décisions irréparables que sont les exécutions sans jugement et le rétablissement de la peine de mort.
De nombreuses personnes soulèvent la question ces derniers jours.

Lorsque les gangs terrorisent des quartiers et territoires entiers, lorsque des complicités financières et politiques les alimentent et les protègent, lorsque des réseaux de corruption bien huilés pillent l’État, volent à la jeunesse son avenir, et au peuple sa sécurité et son pain quotidien, certains en viennent à réclamer la peine capitale et à glorifier ceux qui ont choisi la justice expéditive.

Leur colère se comprend et transpire, sinon traduit l’épuisement d’une jeunesse abandonnée, d’une nation blessée. 

Mais un État, même meurtri, ne doit jamais légiférer sous l’empire de la colère et de la rage.

Il faut, ici, se tenir sur une ligne de principe : celle de tous ceux qui abondent dans le sens que la justice ne se confonde avec la mise à mort. 

Cette conviction procède d’une exigence d’humanité d'autant qu'elle rappelle qu’aucune justice humaine n’est infaillible et qu’une peine irréversible porte toujours en elle le risque extrême d’une erreur sans retour. 

Elle rappelle également que la peine de mort n’a jamais démontré, de manière décisive, sa vertu dissuasive. 

Enfin, elle croit et affirme avec force qu’un État de droit ne grandit pas en imitant la violence qu’il doit nécessairement condamner.

Aussi, fais-je mien ce cap moral et politique de condamner les exécutions sommaires et de refuser la peine de mort que je considère comme une bascule de la justice en vengeance administrée.

La République a le devoir de neutraliser les chefs de gangs, de poursuivre leurs bailleurs, de démanteler leurs protections politiques et de traquer sans relâche les auteurs de crimes financiers. 

Mais elle doit le faire avec des instruments qui élèvent l’État en un Etat de droit au lieu de l’ensauvager.

Cela exige des actes précis : remettre la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif au centre du contrôle de la dépense publique ; autonomiser réellement l’ULCC et renforcer ses capacités ; assainir la justice pour la soustraire aux influences et aux marchandages politiques ; interpeller une coopération internationale dont le laxisme interroge ; protéger enfin les organes de contrôle indépendants, les médias sérieux et les vigies citoyennes responsables.

Voilà la vraie fermeté que je prône et la réponse républicaine que je soutiens

Car l’impunité nourrit l’insécurité et la corruption arme souvent les violences qu’ensuite elle est appelée à combattre. 

Sur ce dernier point, je ne transige ni sur la transparence, ni sur la redevabilité, ni sur la sanction. 

Mais je refuse autant l’impunité que la peine de mort dans une nation qui ne saurait se redresser en tuant davantage mais en restaurant la loi, en garantissant des procès équitables et en prouvant que la justice peut être forte sans devenir meurtrière.

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