HAÏTI : QUEL ÉTAT FORT VOULONS-NOUS ?

image principale de l'article HAÏTI : QUEL ÉTAT FORT VOULONS-NOUS ? dans le blog MT1969 de Michelson Thomas

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Nombreux sont ceux qui sont naturellement séduits par un état fort dans une Haïti fragilisée par la dictature d'un quotidien faite d'insécurité, d'instabilité et d'impuissance publique. 

Ils voient dans les trajectoires du Mali, du Burkina Faso et du Niger l'expression d'une souveraineté retrouvée. 

Cette aspiration mérite d'être entendue, mais elle mérite aussi d'être vérifiée. 

Or, plusieurs années après ces ruptures, le bilan sahélien reste préoccupant : l'insécurité s'est étendue plutôt que réduite dans de vastes zones, les difficultés économiques persistent, et le contrôle civil sur ces pouvoirs s'est affaibli plutôt que renforcé. La fermeté du discours n'a pas suffi à produire les résultats promis.
La puissance d'un État peut-elle réellement se mesurer à la concentration du commandement ? 

Combien de fois, dans notre histoire, avons-nous déjà connu cette forme de réponse d'un pouvoir concentré et discours ferme, sans que la justice, l'éducation ou la sécurité quotidienne n'en soient mieux servies pour autant ? 

Un pouvoir affranchi de ses contrepoids ne devient pas nécessairement plus efficace ; il peut simplement devenir moins contrôlable et davantage exposé à la corruption.

A notre humble avis, l'État fort dont nous avons besoin ne devrait donc pas être celui qui s'impose à la société, mais celui qui protège les citoyens, applique les lois et mérite leur confiance. 

Mais dans un pays où l'État est absent d'une partie du territoire, où la Police nationale peine à tenir des communes entières face aux gangs, bâtir des institutions solides est un chantier de longue haleine. Par où commencer réalistement ? 

Sans doute par ce qui conditionne tout le reste : un environnement sécuritaire et une justice qui fonctionne dans la capitale, avant d'espérer étendre ensuite la reconstruction institutionnelle au reste du pays.

Mais, ce choix cornélien engage aussi notre rapport à la souveraineté elle-même, alors que la présence de forces étrangères (MMAS, pressions internationales) pèse déjà sur ce que souveraineté peut vouloir dire concrètement aujourd'hui.

Pour Haïti, la meilleure voie serait-elle celle d'un pouvoir plus concentré, ou celle d'institutions assez fortes pour que l'autorité ne dépende jamais d'un seul homme ?

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