La nuit du 23 au 24 août 2026, à Kenscoff, comme tant d'autres nuits de massacres perpétrés par des coalitions armées, a ému la communauté internationale.
L'ONU a dénombré au moins 47 morts, la presse a relayé les bilans, puis le silence s'est installé. Aucun deuil national n'a suivi, sinon des promesses d'enquêtes dont on connaît déjà l'issue.
L'État, trop occupé par « ses élections » sous un leadership défaillant, s'est vu appuyé par des partenaires internationaux qui l'ont encouragé, voire exhorté, à poursuivre leur marche vers les urnes, comme si les massacres nés d'une insécurité chronique relevaient du fait divers.
L'ONU a dénombré au moins 47 morts, la presse a relayé les bilans, puis le silence s'est installé. Aucun deuil national n'a suivi, sinon des promesses d'enquêtes dont on connaît déjà l'issue.
L'État, trop occupé par « ses élections » sous un leadership défaillant, s'est vu appuyé par des partenaires internationaux qui l'ont encouragé, voire exhorté, à poursuivre leur marche vers les urnes, comme si les massacres nés d'une insécurité chronique relevaient du fait divers.
Lorsque, début octobre, le Conseil électoral provisoire a finalement reporté le scrutin sine die, il a invoqué la violence des gangs.
Les victimes sont ainsi entrés dans le discours officiel sous la forme d'un obstacle logistique, d'une contrainte, sans jamais être nommés comme des personnes à qui l'on doit justice.
Notre pays a connu une scénario quasi-similaire en 2015 comme en 2021, quand l'urgence électorale a fait de la sécurité des citoyens une variable d'ajustement dont nous payons encore aujourd'hui le prix.
Les victimes sont ainsi entrés dans le discours officiel sous la forme d'un obstacle logistique, d'une contrainte, sans jamais être nommés comme des personnes à qui l'on doit justice.
Notre pays a connu une scénario quasi-similaire en 2015 comme en 2021, quand l'urgence électorale a fait de la sécurité des citoyens une variable d'ajustement dont nous payons encore aujourd'hui le prix.
Ce traitement révèle une hiérarchie qui dépasse ces massacres. Les victimes des gangs ne sont vues qu'un instant, le temps d'un bilan à la une, avant de rejoindre les archives.
D'autres, plus loin encore, ne le sont jamais, qu'il s'agisse des quelque dix mille morts du choléra introduit depuis un camp de casques bleus, des femmes et des enfants abusés par ceux qui portaient l'emblème de la paix, ou des sinistrés de 2010 au nom desquels des milliards ont été levés et dilapidés.
Il faut y ajouter ceux qui ont payé de leur vie, de leur exil, de leur marronange ou de leur silence le refus de couvrir, voire de cautionner, le pillage des deniers publics, menacés par des corrupteurs, des corrompus, leurs cerbères et leurs hommes de main.
L'anthropologue et historien Michel-Rolph Trouillot a montré que le silence se fabrique à chaque étape où l'on décide de ce qui mérite d'être consigné, raconté, retenu.
Reste à établir si la place d'une victime dans cette hiérarchie dépend de la puissance de celui qui l'a frappée.
Il serait commode de réserver notre indignation aux silences des autres.
Mais une société qui laisse ses propres morts glisser du deuil aux urnes perd l'autorité d'exiger du monde qu'il regarde les victimes qu'il a laissées dans l'ombre, sinon dans l'oubli.
La mémoire doit précéder la justice et commencer ici, par le nom, sinon la trace, des victimes tels qu'ils soient.
D'autres, plus loin encore, ne le sont jamais, qu'il s'agisse des quelque dix mille morts du choléra introduit depuis un camp de casques bleus, des femmes et des enfants abusés par ceux qui portaient l'emblème de la paix, ou des sinistrés de 2010 au nom desquels des milliards ont été levés et dilapidés.
Il faut y ajouter ceux qui ont payé de leur vie, de leur exil, de leur marronange ou de leur silence le refus de couvrir, voire de cautionner, le pillage des deniers publics, menacés par des corrupteurs, des corrompus, leurs cerbères et leurs hommes de main.
L'anthropologue et historien Michel-Rolph Trouillot a montré que le silence se fabrique à chaque étape où l'on décide de ce qui mérite d'être consigné, raconté, retenu.
Reste à établir si la place d'une victime dans cette hiérarchie dépend de la puissance de celui qui l'a frappée.
Il serait commode de réserver notre indignation aux silences des autres.
Mais une société qui laisse ses propres morts glisser du deuil aux urnes perd l'autorité d'exiger du monde qu'il regarde les victimes qu'il a laissées dans l'ombre, sinon dans l'oubli.
La mémoire doit précéder la justice et commencer ici, par le nom, sinon la trace, des victimes tels qu'ils soient.
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