Dans l'intimité souvent précaire des chambres d'adolescents, les conversations banales des espaces récréatifs et de loisirs ou des territoires (perdus ou encore viables), des centaines de milliers de jeunes scrutent et pianotent frénétiquent leurs téléphones portables ou leurs tablettes.
Ces objets connectés omniprésents - derniers refuges face à une dictature du quotidien alimentée par l'insécurité qui ravage les quartiers et anéantit tout espoir d’opportunités socio-économiques viables - sont devenus les vecteurs d'une double problématique: alors que les gangs contrôlent plus de 80% de la capitale et verrouillent l'accès au travail formel, les paris sportifs deviennent un mirage économique dans un pays où 80% des 18-25 ans sont condamnés soit au chômage ou à la servitude criminelle des gangs armés.
La prolifération des forfaits internet abordables à grand renfort de publicité dans les médias et sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok et autres) ouvre la porte à une normalisation du désespoir.
Les plateformes de paris exploitent savamment ce terreau fertile.
En août 2025, La Fondation Paryaj Lakay a offert 19,8 millions de gourdes au Comité de Normalisation (CN) de la Fédération Haïtienne de Football (FHF) pour les U17 qualifiés pour la Coupe du monde en Octobre prochain – une opération de responsabilité sociale fortement médiatisée apportant une bouffée d’oxigène salutaire à une Fédération sportive aux prises à de multiples échéances sportives internationales.
Pourtant - petit bémol - derrière ce mécénat salutaire, aucune alerte ne vient tempérer l'engrenage addictif des notifications qui inondent les écrans 24h/24 et exploitant la vulnérabilité psychologique d'une génération confrontée au chômage massif (80% des 18-25 ans) et à l'absence criant d'espaces socio-récréatifs et de loisirs.
Le portable qui pourrait être un outil d'émancipation devient également complice d’un piège à rêves vendus, d’autant que l’addiction opère en cercle vicieux.
En effet, dans la solitude des connexions nocturnes ou l'excitation contagieuse des groupes de paris entre amis, les jeunes y voient une sorte de thérapie collective face à la précarité ambiante. “Avec une poignée de gourdes, on peut espérer gagner un mois de salaire... ou perdre ton repas”, nous confie Roodvens, 19 ans, dont l'historique de paris dévoile environ une centaine de transactions en, tout juste, un week-end.
Les algorithmes des applications entretiennent ce mirage par des bonus de bienvenue et des combos gagnants trompeurs.
Une étude de terrain révèle qu’environ 62% des jeunes préfèrent tenter leur chance dans les paris sportifs plutôt que suivre des formations en ligne gratuites – pourtant accessibles sur le même portable.
Nous vous laissons méditer cette statistique alarmante qui présente le pari sportif comme unique échappatoire économique pour une jeunesse prise au piège de l'insécurité et du chômage, soulignant un cruel défaut de mécanismes de prise en charge et de protection.
La suite de cet article se penchera sur l'analyse des responsabilités, notamment celles des abdications collectives, et les questions pour un débat citoyen collectif.
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